Expositions

L’ Arlésienne, Charlotte Rimbaut

18.04.2026 - 30.04.2026

Vernissage le samedi 18 avril 2026 à 18h, en présence de l’artiste.

Née en 2004, Charlotte Rimbaut s’installe à Arles afin de poursuivre sa formation à l’École nationale supérieure de la photographie. Dans ce contexte, elle développe une pratique artistique fondée sur la marche, envisagée comme un mode d’exploration sensible du territoire. Appareil en main, elle arpente le paysage arlésien sans itinéraire prédéfini, attentive aux différents matériaux qui le composent. Ce territoire devient pour elle un champ d’expérimentation plastique où surfaces rocheuses, grains de sable et végétations constituent autant de formes que de matières à éprouver.

L’Arlésienne est initialement un leporello auto-édité par l’artiste en 2025 dans lequel elle articule photographies et dessins au fusain. L’ensemble dialogue avec des passages de la nouvelle éponyme d’Alphonse Daudet, dont l’absence du personnage de l’Arlésienne structure le récit. Inspirée par cette figure romanesque, Charlotte Rimbaut conçoit l’objet éditorial comme un espace d’enquête, où photographies et dessins sont comparables à des indices, des traces laissant apparaître des présences fantomatiques.

Arles n’est pas une ville anodine. Traversée par l’histoire de l’art et marquée par le passage de nombreux·ses peintres et photographes, elle charrie un imaginaire pictural dense. C’est précisément face à cette mémoire territoriale que le travail de la photographe prend sens. Plutôt que de reconduire une tradition paysagère, ses photographies s’apparentent davantage à des fragments. Loin de rechercher la spectacularité, elles privilégient une attention aux détails, aux aspérités organiques et minérales. La pratique de Charlotte Rimbaut pourrait s’ancrer dans une démarche de l’infra-ordinaire dans la mesure où ce qu’elle saisit échappe habituellement au visible.

Son utilisation de la photographie argentique participe pleinement de cette poétique. Fait d’attente et de hasard, l’émulsion chimique impose une temporalité à rebours de l’instantanéité numérique. L’image surgit au terme d’un processus fragile, ici volontairement marqué par des altérations qui peuvent se dévoiler comme des lueurs spectrales. Ces aléas de l’analogique sont désirés et appréhendés comme des composantes essentielles de l’image, des manifestations de la matérialité du médium, au même titre que les aspérités de l’environnement qu’elle capture.

Dans une démarche de transmédialité, le regard avisé de la curatrice Jeanne Peineau prolonge l’expérience du leporello L’Arlésienne. Pensé comme un livre au déploiement continu, l’ouvrage initial portait déjà en lui l’idée d’un parcours, d’un mouvement progressif du regard. L’exposition transforme la continuité du livre et en constitue une extension spatiale. Les flâneries qui ont guidé les prises de vues se trouvent transposées dans l’espace d’exposition, invitant le·la visiteur·ice à ralentir et à expérimenter la temporalité de l’image. À l’heure où notre concentration se fragmente dans des régimes de vision dominés par la rapidité, les photographies de Charlotte Rimbaut instaurent une temporalité lente et attentive.

Audrey Colard

L’Arlésienne